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D@rk Sh@dows Projekt

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Essai : en quoi l'anti-sionisme et l'antisémitisme sont étroitement liés, par l'exemple.

Lors de diverses discussions et lectures, il m'est apparu qu'en France, l'antisionisme et l'antisémitisme sont étroitement liés et étrangement partagés aussi bien à gauche qu'à droite, dans un confusionnisme des plus déroutants.

Aussi, afin d'appréhender ce phénomène et tenter de mieux en comprendre les mécanismes, on peut prendre exemple sur ce qu'il se passe à l'étranger. Ces deux "courants" de pensée sont-ils les deux faces d'une même pièce ?

Avant toute chose, quelques précisions et précautions.

Il existe un antisionisme politique non antisémite dont les raisons sont multiples. Cela pourrait être l'occasion d'un autre article, mais l'objet de celui-ci est d'analyser les raisons de l'antisémitisme « caché » dans de nombreux discours dits "antisionistes".

Tout d'abord, il est nécessaire de bien définir les termes. En effet, à ce jour, le terme "sioniste" est souvent détourné de son sens profond. Il est compris comme "soutien à l'existence de l'Etat d'Israël et de sa politique coloniale envers les Palestiniens" et plus globalement comme un "soutien à tous les impérialismes, américain notamment". Sur ce dernier point, voici un exemple flagrant, un article où l'on voit ici un drapeau américain et israélien collés. On y trouve une reprise d'un poème de l'ancien SS Gûnter Grass. Sa défense (ici) aux accusations d'antisémitisme est d'ailleur significative, car il reconnait lui-même l'utilisation malheureuse du terme Israel au lieu de "gouvernement actuel d'Israel". Nous y reviendrons.

Le "sionisme" est, en fait, une théorie visant à l'établissement d'un foyer national juif en Palestine (culturel, religieux, ou autre selon les obédiences). Pour faire (très) court, il est né dans les communautés ashkénazes victimes de pogroms, puis en France, suite à l'affaire Dreyfus. Il ne fait, dans sa définition globale, aucune référence à l'existence d'un état ni à une politique expansionniste, colonialiste, fasciste, raciste, ou autre. On trouve dans le mouvement sioniste des socialistes, des fascistes, des racistes, des anarchistes, etc.

Nous parlerons donc ici de l'antisionisme dont les racines sont fondamentalement antisémites, même si bien souvent l'antisioniste nie cette réalité (voir par ex. Günter Grass ci-dessus). Négation inconsciente ou volontaire étant fonction du degré de sa bonne foi.

Le premier point fondamental de l'antisémitisme dans l'antisionisme est le refus d'égalité des Juifs par rapport aux autres peuples. La question d'Israël en tant qu'Etat Juif peut tout à fait être débattue, sa politique actuelle tout autant, mais là n'est pas la question.

Les antisionistes antisémites ne voient bien souvent rien à redire aux Etats Chrétiens (Vatican, Pologne, Brésil…) ou Musulmans (Iran, Arabie Saoudite…). Il s'agit donc la bien d'un refus d'égalité.

Ce premier refus est aussi celui du refus du "Juif Debout", du Juif égal de l'autre, ayant son Etat, son pays, son armée, se battant.

Au sujet de ce terme « Juif debout », il est nécessaire de faire une digression explicative. Cette expression renvoie au « Nèg doubout » (Nègre debout) de la négritude. « Ce mot désigne en premier lieu le rejet. Le rejet de l'assimilation culturelle ; le rejet d'une certaine image du Noir paisible, incapable de construire une civilisation. Le culturel prime sur le politique. » (A. Césaire).

A ce titre, il est conseillé de lire le sublime texte d'Aimé Césaire « Oreilles de Juifs, oreilles de Noirs » disponible chez Portulan - Mémoire Juive, Mémoire Nègre, Deux Figures Du Destin

Les antisionistes antisémites français (Dieudonné, Soral et consort) se sont fait spécialistes d'affirmer que les Juifs sont des Négriers. Par exemple cette affirmation : "Ce sont tous ces négriers reconvertis dans la banque, le spectacle et aujourd’hui l’action terroriste qui manifestent leur soutien à la politique d’Ariel Sharon. Ceux qui m’attaquent ont fondé des empires et des fortunes sur la traite des Noirs et l’esclavage" (Dieudonné -texte de soutien ici sur Alterinfo le site de Zeynel Cekici). On retrouve ici l'une des bases de l'antisémitisme : Juifs banquiers, ennemis terroristes, complot, etc.

Disons-le tout net, oui, il y a eu des Juifs parmi les esclavagistes ; oui il y a des Juifs capitalistes ; oui certains d'entre eux sont même banquiers. Et il y a eu aussi des Juifs luttant pour la cause abolitionniste, d'autres communistes.

Ces gens oublient-ils Frantz Fanon qui rappelait aux Noirs que « quand vous entendrez dire du mal des juifs, tendez l'oreille, on parle de vous » ? Ces gens oublient-ils l'article premier du Code Noir ? « Voulons que l'édit du feu Roi de Glorieuse Mémoire, notre très honoré seigneur et père, du 23 avril 1615, soit exécuté dans nos îles; ce faisant, enjoignons à tous nos officiers de chasser de nosdites îles tous les juifs qui y ont établi leur résidence, auxquels, comme aux ennemis déclarés du nom chrétien, nous commandons d'en sortir dans trois mois à compter du jour de la publication des présentes, à peine de confiscation de corps et de biens. ». Non, ils l'oublient ou alors disent que c'est bien la preuve que les juifs étaient bien implantés dans le "bizness" pour que les "blancs" veuille les virer de ces îles.

Or donc, revenons au refus du "Juif Debout", du Juif égal de l'autre, ayant son Etat, son pays, son armée.

Cette affirmation, bien entendu, soulève la question de la définition de "juif", mais il existe une réponse toute simple : un jour, on m'a dit « juif c'est juste une religion, il n'y a pas de juif athée, dans ce cas ils sont juste Français ». Oui, mais non. Car un français peut être d'une certaine religion, mais il peut aussi se revendiquer en tant que Breton, Arabe, Corse ou je ne sais quoi. Le Juif, lui, n'aurait pas ce droit ? "Juif" ne serait donc qu'une religion, et s’il est athée, le "Juif" ne serait plus rien d'autre qu'une nationalité. Sans racine, sans peuple, sans histoire, juste une nationalité sur un papier. Le Juif devient ainsi un fantôme sans identité propre. Il y a donc une volonté de le maintenir dans une définition très maurrassienne : le Juif n'est que religion, il doit être disséminé, faible, à la fois à l'intérieur mais restant à part, suivant ses propres intérêts. Il ne peut être qu'un ennemi intérieur. Maurras écrivait «les juifs sont l’ennemi historique de la France» et que « l'intérêt juif rentre fatalement en concurrence avec l'intérêt français ».

C'est cette négation de l'égalité, bien ancrée dans l'esprit des gens et dans la ligne droite de Drumont, Daudet ou Barrès, où le juif ne peut être qu'interne à l'Etat Français (ou Américain, voir le ZOG) que nous retrouvons chez les antisionistes antisémites. La "France Juive" et "République juive" de (respectivement) Drumont et de Fleury fsaisant écho aux «sionistes» dirigeant la France des Soral et autres. Complot interne, international, mondial, alliés comme il se doit aux francs-maçons. Le complot judéo-maçonique cher aux nazis et fascistes du siècle dernier devenant aujourd'hui le complot "des sionistes et des maçons".

Un des autres fondements (qui découle du premier) de l'antisémitisme dans l'antisionisme est la « question palestinienne ». On notera au passage le parallèle des termes employés avec la « question juive » du nazisme. Au sein des antisionistes antisémites, il est un point de vue flagrant : le refus de toute idée de paix. Israël doit disparaître, tout simplement. Ce qui révèle que la cause palestinienne ne les intéresse en aucun cas (les partisans d'une solution à deux état, d'une fédération binationale ou autre n'étant que des "sionistes"), cela ne sert que de justification. Car Israël vivant en paix avec ses voisins, avec un état palestinien viable ne peut être. En effet, un Etat Juif, de Juifs est inadmissible. Les Juifs n'ont pas ce droit, ne peuvent avoir ce droit, ils doivent rester des "non-êtres".

On entend souvent parler des mouvements de résistance palestiniens à l'occupation israélienne. La résistance à l'occupation est le fait de se battre (selon ses moyens et ses choix) à une occupation militaire. En aucun cas la résistance à une occupation militaire ne légitime des actes de massacres de civils, qui ne représentent en rien l'Etat occupant (ex quand un civil Arabe israélien meurt sous les roquettes du Hezbolah ou du Hamas - voir ici).

Mais Israël jouit de cette particularité : quand l'IRA pratique des attentats où sont les antisionistes antisémites qui pourtant passent leur temps à dénoncer le « deux poids deux mesures » ? Où sont-ils sur la « question irlandaise », la « question basque », la « question Mapuche », ou autre ? Nulle part. Car dans leur logique de combat égalitaire seuls les Juifs méritent d'être combattus. Leur haine d'Israël, et donc du Juif, les poussent à embrasser l'assassinat aveugle. A vénérer des intégristes fascistes qui torturent, massacrent, assassinent (Hamas, Hezbollah entre autre), mais condamner les mêmes actes s’ils viennent du côté israélien. Quand l'Autorité Palestinienne crée un ministère des « Affaires Juives » et y nomme un membre des Neturei Karta (en 1994) cela ne choque pas les soi-disant laïcs antiracistes antisionistes. Au contraire, en France, Dieudonné les a accueillis en 2004 avant que Kémi Séba ne revendique une alliance avec eux (ici déclaration du MDI 94).

On peut condamner l'occupation israélienne, on peut condamner la politique discriminatoire, colonialiste d'Israël, la torture israélienne, etc. Mais condamner le fascisme « sioniste » et soutenir l'intégrisme, la torture, les meurtres politiques, les assassinats aveugles, les attentats ne peut se justifier que par une raison : il y a deux poids deux mesures : interdit aux juifs de faire "comme les autres".

Dernier point, bien souvent, les antisionistes antisémites citent cette résolution de l'ONU 3379 associant le sionisme à du racisme, oubliant la résolution 4686 révoquant les dispositions de la résolution 3379 (ici), eux qui sont pourtant les premiers à nous rabâcher que les condamnations de certains d'entre eux pour « incitation à la haine raciale » ont été contredites par des décisions de la cour de cassation.

L'antisémisme antisioniste peut se définir ainsi : le refus des Juifs à un Etat, à s'organiser, à exister. Les Juifs doivent rester des rats religieux disséminés et inexistants. Toute existence d'une organisation juive prônant le droit à la fierté devant être dénoncée, voire combattue.

Exemple 1 (UK)

Une illustration du Sunday Times (UK) dessinée par Gerald Scarfe (qui a collaboré avec les Pink Floyd sur The Wall).

Lors de l’anniversaire de la libération du camp d’Auschwitz – la Journée Internationale de Commémoration de l’Holocauste – le Sunday Times a publié un dessin représentant le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, comme un malfaisant enfermant des victimes arabes impuissantes dans un mur dont les briques sont recouvertes de sang en guise de mortier.

L'illustration parle d'elle-même (les juifs ont été longtemps accusés de pratiquer des cérémonies à base de sang humain) et sera défendue sous le thème de la caricature dépeignant la fermeture d'Israel aux Palestiniens, passant du coup sous silence les victimes israéliennes d'attentats suicides et par là même le droit de se défendre contre ce qu'un Etat peut considérer comme une menace.

Autant la critique de cette clôture défensive peut être et doit être entendue (et soutenue), autant la forme qu'elle prend est ici significative d'un fond nauséabond.

En effet, nous voyons apparaître une imagerie dénonçant un crime de guerre d'un point de vue unilatéral, utilisant l'Holocauste et de vieilles rumeurs afin de mieux dépeindre Israel comme une entité néo-nazie, tuant sans distinction femmes, enfants, vieux, jeunes...

Donc le message ici est bien : Israel = néo nazis, l'Holocauste perd donc son statut spécial d'industrialisation du génocide, unique dans l'Histoire. Ce procédé n'aide en rien la cause palestinienne. Il n'est là que pour attiser la haine envers les juifs.

Exemple 2 (USA) :

Le cas du Révérend Peter MAKARI (protestant), un officiel de l'United Church of Christ et des Disciples of Christ. Il a organisé et diffusé au Congrès Américain une lettre demandant de couper l'aide militaire à Israel du fait des crimes de guerre envers les Palestiniens. On pourrait parler d'antisionisme, mais le Révérend MAKARI a donné une interview sur le sujet à l'American Free Press, virulente publication antisémite et négationniste. Comme on peut l'entendre, l'interview est cordiale.

Toujours est-il, c'est qu'au-delà de toute critique de la politique d'Israel, nous sommes bien face à une logique de diabolisation d'Israel, sans aucune condamnation des envois de missiles venant de certains palestiniens sur des populations civiles.

Cette critique unilatérale est en parfaite harmonie avec des antisémites avérés.

Exemple 3 (USA) :

Autre exemple, chez les Catholiques. Depuis Jean XXII et Jean-Paul II, les positions de l'Eglise Catholique ont été revues et l'acceptation de l'Etat d'Israel assez couramment répandue.

Or, il existe aux USA une publication catholique dite libérale (lire pro-Obama et d'orientation assez sociale - soutenant le programme de santé pour tous) dotCommonWeal, dans laquelle intervient la bloggeuse Margaret O'Brien Steinfels. Son fond de commerce est de s'opposer à toute sanctions contre le programme nucléaire iranien et de promouvoir Philip Weiss (tenant le site MondoWeiss, pourtant critique de Gilad Atzmon, lui aussi pro-palestinien) et le controversé M.J. Rosenberg (surtout après la publication d'un article sur le Huffington Post, jugé antisémite). Ceci resterait une suite de positions antisionistes s'il n'y avait cet article de Miss Stenfields : "notre plus proche allié", qui reprend, en partie et de manière orientée un article paru dans le New York Times (ici). En effet, elle oublie deux "détails", à savoir que ce sont des phalanges majoritairement chrétiennes qui ont opéré et que l'Etat d'Israël avait reconnu la responsabilité personnelle d'Ariel Sharon (alors Ministre de la Défense) et celle, indirecte, de ses responsables gouvernementaux. Quand on sait que l'idée que se fait la dame d'une blague est de demander le déménagement de la capitale des USA en Israel (ici), on sent bien que le fond de sa pensée n'est pas la défense des Palestiniens ni la critique du gouvernement Israélien mais bien l'incitation à la haine du juif qui détiendrait tout le pouvoir sur la politique étrangère américaine.

Exemple 4 la France :

L'antisionisme en France est particulièrement vivace, notamment par la voix de Dieudonné et d'Alain Soral (Parti Antisioniste). Là encore, le discours de diabolisation d'un camp contre un autre opprimé, en jouant sur des thèmes antisémites (main-mise sur la presse par "ceux qu'on ne peut nommer" etc...) est assez facile à démont(r)er, malgré un fort écho dans les rangs de la "gauche" et de l'"extrême gauche" altermondialiste et conspirationniste.

Le rapport (2005) de l'Observatoire européen des phénomènes racistes et xénophobes, qui fait partie du Conseil de l'Europe, définit une relation entre anti-sionisme et antisémitisme par une phrase toute simple : les critiques d'Israël comparables à celles exprimées contre tout autre pays ne peuvent pas être considérées comme antisémites. (voir ici).

Un exemple flagrant d'antisionisme antisémite "made in France" ici

On y retrouve l'imagerie mortifère qui place Israel sur un pied d'égalité avec des génocidaires ainsi que des phrases de Normand Finkelstein, auteur négationniste .

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