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D@rk Sh@dows Projekt

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Quand les économistes cherchent des raisons « génétiques » aux guerres et à la pauvreté.

Quand les économistes cherchent des raisons « génétiques » aux guerres et à la pauvreté.

La vieille Europe fait face à une vague de migrants venus d’Afrique immense, migrants fuyant essentiellement des pays en proie à un conflit impliquant des civils.

Cela fait maintenant bien un quart de siècle que des chercheurs essaient d’analyser les causes des guerres.
Ces chercheurs ont évalué l’impact du morcellement religieux, politique, ethnique et linguistique sans obtenir de résultat concluant (Maynes, Bremer…).

Aujourd’hui, certains vont plus loin et analysent les liens entre diversité génétique et risque de guerre.

D’un côté, deux économistes, Enrico Spolaore (Université Tufts) et Romain Wacziarg (UCLA) ont voulu montrer dans un article (War and Relatedness http://www.anderson.ucla.edu/faculty_pages/romain.wacziarg/downloads/war.pdf) que deux pays partageant des populations génétiquement proches auront plus de chance d’entrer en conflit, car à la recherche des mêmes ressources. Ils remercient d’ailleurs un certain Quamrul Ashraf, Oded Galor et la Brown University pour leurs commentaires éclairés.

De l’autre nous avons 3 économistes, Oded Galor (Brown University USA, directeur du « Journal of Economic Growth), Quamrul Ashraf (Williams College USA) et Cemal Arbatli (Higher School of Economics de Moscou), annoncent dans leur article « the nature of conflict » - Working Paper n°21079 – (http://www.brown.edu/academics/economics/sites/brown.edu.academics.economics/files/uploads/2013-15_paper_0.pdf) l’inverse, à savoir que c’est « la diversité génétique, déterminée principalement au cours des migrations préhistoriques des hommes à partir de l’Afrique vers le reste du monde, (qui) a contribué significativement à la fréquence, l’incidence et le déclenchement de guerres civiles au cours du dernier demi-siècle ».

Ces économistes avancent 3 raisons principales :

Premièrement, la diversité génétique peut avoir un effet négatif sur l’instauration de la confiance mutuelle et la coopération entre les groupes.

Deuxièmement, des sociétés trop diverses génétiquement peuvent avoir des difficultés à réconcilier les volontés des différents groupes en matière de besoins de biens publics et de choix de politique de redistribution, amplifiant les possibilités d’antagonismes internes.

Troisièmement, sachant que la diversité génétique reflète une hétérogénéité interpersonnelle par des traits récompensés différemment par l’environnement géographique, institutionnel et technologique, elle peut cultiver les ressentiments enracinés dans les inégalités économiques et donc magnifier la vulnérabilité aux luttes internes.

Les auteurs (Galor et Ashraf) n’en sont pas à leur coup d’essai, puisqu’ils ont déjà écrit un article « La pauvreté est-elle dans nos gènes ? » (Is poverty in our genes ?), paru dans Science et l’American Economic Review. Dans cette étude, Achraf et Galor soutiennent qu'il existe des liens étroits entre la diversité génétique de la population et le revenu par habitant des États-nations, même après prise en compte des facteurs comme la géographie et la productivité des terres.
Ils soutiennent en outre que les Etats-Unis, l’Europe et l’Asie sont riches parce qu'ils ont une diversité génétique optimale, tandis que les pays en développement en Afrique et dans les Amériques sont pauvres parce qu'ils ont trop ou trop peu de diversité génétique.

Achraf et Galor ont tenté d'utiliser les données génétiques humaines pour prétendre que le niveau de la diversité présente dans une population a provoqué des effets durables sur son développement économique. Ils affirment que la diversité génétique élevée (fréquente dans les populations africaines) augmente l'incidence de la méfiance et de conflit, ce qui provoque l'instabilité sociale et une productivité plus faible.

En outre, ils soutiennent que les populations qui sont relativement génétiquement homogène (comme les Amérindiens) sont désavantagés économiquement parce que la diversité génétique accroît la concurrence et donc l'innovation (sous entendu, les Amérindiens n'ont pas innové car génétiquement homogènes et donc sont pauvres CQFD). Achraf et Galor arrivent à la conclusion controversée que le colonialisme aurait eu un effet positif sur le développement en Afrique et dans les Amériques en changeant la composition génétique des territoires colonisés.

Outre le fait que les « papas » de cette étude sont des économistes qui n’ont pas consulté d’anthropologue ni d’archéologue, que la méthode est discutable, c’est surtout l’utilisation que vont en faire les identitaires, racistes et autres suprémacistes de ces thèses qui nous paraissent dangereuse (le risque étant l'utilisation de ces chiffres "scientifiques" et reconnus dans des parutions "sérieuses" comme caution scientifique).

Et au-delà de ces théories fumeuses et leur interprétations, fortement critiquées dans le milieu universitaire, scientifique et anti-raciste, il convient de s’interroger sur le manque de critiques tant dans le milieu politique que journalistique (à ma connaissance, seul Nature a critiqué Galor et Ashraf, mais de manière relativement soft)…

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